Description : Peuplade a été conçu en 2003 par une équipe de jeunes « ingénieurs sociaux » pour réactiver les liens sociaux au cœur d’un quartier populaire de Paris en s’appuyant sur les usages des TIC. Le site permet à l’habitant d’un quartier de mettre en ligne un « auto-portrait » permettant de faire se rencontrer des habitants indépendamment de tous choix affinitaires, en ligne comme dans le réel. L’utilisateur de Peuplade peut également découvrir ses « voisins » grâce à un outil de géolocalisation. Avec plus de 50 000 adhérents à l’échelle de la capitale, Peuplade a rencontré son public et se prépare à essaimer dans d’autres villes françaises.
Type d’initiative : Création de relations sociales
Territoire de projet : Ville
Porteur(s) du projet : Les Ingénieurs Sociaux
Date de lancement : 2003
Public cible : Grand public connecté à Internet
Avancement (à la date de recueil) : Opérationel, version 2 en cours de déploiement
Date de recueil de l’information : 12/ 2006
Thèmes, domaines d’action : Vie démocratique et citoyenneté , Action sociale solidarité et santé
Régions : Ile-de-France
1- Contexte et objectifs du projet
1.1 Contexte et origine du projet « Peuplade » a été conçu en 2003 par une équipe de jeunes « ingénieurs sociaux » pour réactiver les liens sociaux au cœur d’un quartier populaire de Paris en déshérence en s’appuyant sur les usages des nouvelles technologies de l’Information et de la Communication » :
Peuplade est l’héritage d’une expérience débutée sous forme associative en 2003 dans le quartier des Epinettes (17e) grâce au soutien de la Fondation RATP pour la Citoyenneté, de la Fondation Veolia pour l’Environnement et de la Mairie du XVII° arrondissement. Le succès de cette initiative a donné envie à ses fondateurs de l’étendre à tout Paris sous une forme nouvelle.
Situé au Nord-Est du 17ème arrondissement, arrondissement plutôt bourgeois de l’ouest parisien, le quartier des Epinettes est un quartier populaire à forte densité qui jouxte d’importantes friches industrielles (en particulier un ancien espace de triage ferrovaire). Le quartier des Epinettes est classé en « politique de la ville », un ensemble d’actions de l’État visant à revaloriser certains quartiers urbains et à réduire les inégalités sociales entre territoires. Elle comprend des mesures législatives et réglementaires dans le domaine de l’action sociale et de l’urbanisme, dans un partenariat avec les collectivités territoriales reposant souvent sur une base contractuelle.
Le projet initial était d’utiliser les technologies de l’information et de la communication pour permettre aux habitants du quartier des Epinettes de se rencontrer sur la toile, de développer des relations de voisinage, d’initier des rencontres, de mettre à œuvre des projets locaux, en une phrase « permettre aux gens de passer du virtuel au réel ». Le projet repose sur quatre postulats de base :
L’échelle du quartier est pertinente tant au plan de la géographie des rapports sociaux qu’au plan des usages du web, Il est possible de faire se rencontrer des gens indépendamment de tous choix affinitaires (un projet qui est en contradiction avec les usages usuels du web qui reposent souvent sur le « profiling ». L’esprit de responsabilité, de liberté, de respect de la vie privée peut fonder des rapports sociaux. Un site internet doit permettre la mise en relation des individus dans le réel.
Le cœur du projet est le site internet http://www.peuplade.fr qui permet à l’habitant du (d’un quartier) de s’inscrire ou de s’identifier comme participant au projet. Cette inscription ne repose pas sur un « profil » défini à l’aide d’un questionnaire à « questions fermées » (type Meetic) mais d’un auto-portrait uniquement réalisé à base de questions ouvertes auquel l’utilisateur est libre ou non de répondre (exemple : « Quels sont vos commerces préférés dans le quartier ? » ou « Vous êtes un martien… Vous arrivez dans le quartier. Racontez ce que vous voyez, ce que vous vivez, ce que vous comprenez. »
Le futur utilisateur est également invité à se géolocaliser sur une carte « GoogleMaps ». A l’usage, sa géolocalisation sera le cœur de ses recherches en faisant apparaître ses voisins, la vie sociale locale… La carte offrant des possibilités de zoom avant et de zoom arrière, l’utilisateur peut moduler son bassin de vie.
Une fois identifié, l’utilisateur peut, en navigant sur la carte, découvrir ses « voisins » (via leurs fiches), entrer en contact avec eux, découvrir les évènements (fêtes…) ou les services (commerces…) de son quartier ou de son « bassin de vie », chacun étant identifiés sur la carte par des pictogrammes de formes et de couleurs différentes. L’ensemble constituant des « peuplades ».
Partant du principe que les personnes sont actives, l’objectif est de « faire quelque chose » sous une forme physique : rendez-vous, rencontres, regroupement autour d’un projet ou d’un intérêt commun (au nom de la solidarité).
Tous les contenus (humains, évènements ou services) ont une adresse géographique qui permet d’en présenter le contenu en fonction de sa proximité physique par rapport à l’utilisateur (Exemple : les « Petites annonces » qui peuvent être publiées par le site sont classées non par rapport à leurs contenus, mais par rapport à la distance physique de l’utilisateur, la plus près apparaissant en tête par défaut..
C’est par ce biais que sont recherchés deux effets : la simplification de la vie quotidienne (les commerçants, l’échange de services ou d’informations), la création de liens par l’insertion dans le tissu humain local.
Initialement, « Peuplade » a été développé sous une forme associative (loi de 1901) par un groupe de jeunes concernés par le développement de la vie sociale dans les quartiers difficiles, « Peuplade » est administré et développé depuis novembre 2005 par la SARL " Les Ingénieurs Sociaux ", une entreprise engagée qui conçoit et développe des outils destinés à offrir aux gens et aux entreprises les moyens de donner aux rapports interpersonnels, à la société et à l’économie un visage humain. L’équipe Paris Peuplade, Nathan Stern, 33 ans, sociologue, Stéphane Legouffe, 28 ans, informaticien, Nicolas Legouffe, 25 ans, informaticien, Sarah Hirschmuller, 31 ans, metteur en scène, Jérémie Chouraqui, 30 ans, avocat, Laura Subileau, 21 ans, assistante… et les nombreux collaborateurs occasionnels qui font vivre ce site.
« Ingénieur social » : En choisissant le nom « Les Ingénieurs Sociaux » pour leur société, l’équipe a choisi de monter qu’ils souhaitaient développer un savoir faire particulier : utiliser toutes les technologies disponibles (les Tic en l’occurrence) pour construire des ponts entre les personnes et concevoir des espaces et des contextes sociaux propices à la création du « lien social ». Leur champ de compétence est d’abord dans l’animation des réseaux sociaux, les technologies ne sont que des outils mis à la disposition de ce projet.
Une partie des services proposés sont consubstantiels au projet (création de lien social, animation de quartier…). Il s reposent sur le postulat fort qui veut que tous les acteurs ont leur place sur « Peuplade » non en fonction de leur statut mais en fonction de leurs actions (positives, bénéfices sociaux) légitimées par leurs présences sur le site.
Au-delà de l’animation spontanée née de l’activité des adhérents à « Peuplade », l’équipe propose sur le site des idées d’animations possibles qui font l’objet d’un livret téléchargeable sur le site : http://www.peuplade.fr/actu/LivretPeuplade.pdf
Il est à noter que si le site est naturellement ouvert au « petit commerce de proximité », celui-ci est inviter à se conformer aux usages de « Peuplade », c’est-à-dire privilégier les actions au profit du « quartier » plutôt que d’utiliser le site comme un espace publicitaire.
Les habitants d’un territoire (quartier), les voisins, les acteurs économiques et sociaux du territoire. Tous types de publiques : grande amplitude des âges, diversité des caractéristiques sociaux professionnelles, mais le cœur de cible reste les 28-55 avec 60% de femmes soit, globalement, une population active, socio-créative, attachée à la qualité de la vie et, bien entendue, « branchée » sur l’Internet.
Au plan des « Styles de vie », et en évitant, toutes connotions négative, l’effet « Bourgeois Bohèmes (bobos) », population très présente à Paris, joue à plein au même titre que la présence dans la capitale de nombreuses familles mono-parentales ou recomposées.
Le constat est fait que les habitants sont en demande d’une vie collective qui manque dans les grandes villes, d’échanges fluides en dehors d’un cercle fixe (cercle familial ?), de re-créatiion de « réseaux » sociaux qui, au-delà des réseaux traditionnels – travail, famille, amis – mélangent les origines, les âges, les métiers…
Créé sous forme associative, « Peuplade » est aujourd’hui géré par une SARL qui est logée dans un incubateur d’une Ecole de Télécommunication
« Peuplade » a, deux sources de revenus :
L’apport des collectivités locales qui, dans le cadre d’un contrat de partenariat, participent au déploiement de la plate-forme sur leurs territoires (cf : le déploiement de « Peuplade » à l’échelle de la ville de Paris. Le partenariat avec des entreprises qui ne souhaite pas entrer dans une communication de notoriété mais participer à des actions solidaires : (Exemples : SFR (téléphonie), BNP (banque)…
Dans le cadre de son développement, « Peuplade » recherche donc maintenant des collectivités locales avec lesquelles, le site peut développer des projets particuliers (« Peuplade des Parents d’élèves », « Agendas des équipements municipaux » à Paris) liés par exemple à des actions spécifiques, des sociétés souhaitant associer leurs noms et leurs images à des projets sociaux spécifiques (par exemple : des maisons de quartier…) Associé son nom et son image pour un projet social spécifique ex maison de quartiers
2003-2006 – ouverture de « Peuplade » au profit du quartier des Epinettes dans le 17èm arrondissement de Paris. Expérimentation : conception du site, études des interactions, adhésion des communautés, recherche des leviers d’actions pour l’animation.
Septembre 2006 – Ouverture du site « Paris Peuplade » couvrant l’ensemble des quartiers de la Capitale associée à deux actions spécifiques : • « Peuplade des « Parents d’élèves » : mise à disposition d’un espace spécifique aux usages des parents des élèves des écoles de Paris • Intégration de l’ensemble des équipements municipaux de la ville pour en favoriser l’usage par les adhérents du site.
Début 2007, « Paris Peuplade » comptait quelques 50 000 inscrits pour une population de 2 153 600 habitants
Au début 2007, des négociations sont en cours pour ouvrir d’autres portails « Peuplade » dans des villes de la région parisienne, dans de grandes villes et province, et même, dans des villes européennes (Londres ?).
La mise en place de « Peuplade » n’a pas eu recours à des méthodes de développement spécifiques. « Peuplade » est d’abord l’idée d’un groupe qui cherchait à allier leur projet de « travail social » avec quelques compétences en informatique et en nouvelles technologies de l’information est de la communication.(voir les acteurs du projet).
Techniquement parlant, « Peuplade » se résume à son site Internet qui intègre progressivement les technologies Web 2.0. Développement et maintenance sont celles de tout site Internet.
Au début 2007, 8 personnes travaillaient pour le site « Peuplade », sa direction, son développement, sa communication et son développement technique (2 informaticiens).
Au strict plan du projet, il s’agit pour les intervenants plus d’induire que d’animer. L’animation étant le fait des habitants des quartiers (les adhérents de Peuplade). L’accent est plus mis aujourd’hui sur le développement, donc sur les partenariats avec de nouvelles collectivités ou de nouveaux parrains.
La communication sur le projet s’est longtemps fait par le « bouche à oreille », par le « buzz » sur Internet. Le déploiement de « Peuplade » sur la totalité de la ville de Paris a été accompagné par une importante campagne de publicité sur le mobilier urbain de la capitale. La relation nécessaire qui doit exister entre collectivités locales et la plateforme « Peuplade » renvoie la communication à l’usage maximal des outils que peuvent mobiliser les collectivités dans leurs communications locales (affichage, publications papier ou web…). La diffusion virale (« buzz »), le bouche à oreille, la communication des acteurs économiques (commerçants) ou sociaux (associations) sont, dans le cadre du projet de constitution de réseaux sociaux, essentiels.
Il est difficile de proposer un bilan après seulement un an d’ouverture à l’échelle d’une grande ville. « Peuplade » compte début 2007, plus de 50 000 adhérents à l’échelle de la capitale, mais il existe peu d’outils pour évaluer leurs activités dans le réel (sauf les manifestations qui font l’objet d’une communication sur le site). Tout au plus peut-on observer la fréquentation sur le site. Celui-ci devrait connaître une nouvelle version en mars 2007 qui devrait l’enrichir de nouvelles fonctionnalités, en rendre plus simple la navigation, fournir plus d’outils pour développer l’innovation sociale locale.
S’il n’y a pas d’innovation technologique, tous les outils mis en œuvre ici, le sont sur le web à des fins fort différentes. L’innovation est plutôt dans les postulats idéologiques qui fondent « Peuplade » : gratuité, refus du profiling, indépendance, liberté,…travail social. Des postulats qui autorisent les pouvoirs publics locaux à mettre à disposition de leurs populations un tel outil. Il est à noter que « Peuplade » ne concurrence pas le tissu associatif local, il devient simplement pour lui un outil qui lui permet de connecter le public au-delà de ses usagers.
La campagne de publicité réalisée à l’occasion du déploiement de « Peuplade » sur Paris a suscité beaucoup d’intérêt dans les médias et dans la population. Le recul n’est pas encore suffisant pour en mesurer les effets. Créer des réseaux ne peut s’analyser que sur le long terme.
Si les aspects technologiques sont facilement reproductibles, il semble que ce serait une erreur de vouloir généraliser l’usage d’un outil comme « Peuplade » sans réflexion préalable sur le territoire et ses habitants (A qui s’adresse cet outil ? Quels sont les besoins à combler ? Quelles sont les actions à mettre en œuvre ?). A cet égard, le recours à des « ingénieurs sociaux » est sans doute plus important que le recours à des informaticiens ou des spécialistes des TIC
La pérennité d’un projet comme « Peuplade » dépend probablement des satisfactions que pourront trouver les adhérents inscrits aux services offerts par le site. Un consensus existe sur la nécessité de recréer du lien social dans les grandes villes (mais également dans les banlieues, dans la périphérie des villes, dans le monde rural). Le succès des sites de rencontres en général est là pour prouver que le besoin existe. Pour beaucoup d’entre eux, le public est prêt à payer pour accéder à cette possibilité de « rencontres ». « Peuplade » propose une alternative « citoyenne » à la rencontre. La pérennité dépend également de l’engagement et le soutien des collectivités territoriales. Sauront-elles utiliser cet outil ? La question reste posé.